C. Brunetti: Yverdon-les-Bains

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Titel
Yverdon-les-Bains et Sermuz à la fin de l'âge du Fer.


Autor(en)
Brunetti, Caroline
Reihe
Cahiers d'archéologie romande 107
Erschienen
Anzahl Seiten
638 S.
Preis
Michel Fuchs

Participer au remontage morcelé des premiers temps d’Yverdon-les-Bains, à l’époque où la ville d’eau s’appelait Eburodunum, la «forteresse des ifs», voilà ce que nous propose Caroline Brunetti dans la publication de sa thèse. Son approche est précise et savammentmenée entre les bribes recueillies dans l’une des rues de la ville et le mobilier façonneur du temps. Le point de départ de ses recherches lui a été fourni par une série d’interventions dans la rue des Philosophes, les premières d’envergure après celles d’Albert Naef, grand archéologue vaudois qui s’est penché lui sur le castrum, le fort du IVe siècle après J.-C. situé au sud du bourg. C. Brunetti insère habilement son travail dans celui de ses prédécesseurs et fournit une étude détaillée de chacune des fouilles menées dans les années 1990. Des plans ponctuent régulièrement le discours et facilitent la lecture et la compréhension des résultats.

La ville antique s’est établie logiquement sur un cordon littoral (III) stable et va très tôt prendre place à l’endroit du castrum tardif. Le sous-sol humide du site a permis la conservation de bois qui ont fourni de précieuses datations dendrochronologiques: un imposant ouvrage défensif voit le jourvers 80 avant J.-C. et le fort est construit vers 325-326 après J.-C. La description des différents chantiers a l’avantage d’assurer la restitution finalement proposée, malgré le caractère incomplet des fouilles conduites sur place, vingt-six interventions ayant livré des vestiges ou du matériel de l’âge du Fer à Yverdon (répertoire aux pp. 30-32). Dès le début du IIe siècle avant J.-C., le terrain a nécessité le creusement de fossés pour lesquels l’auteure privilégie de manière convaincante la fonction drainante, en relation avec une agglomération proche et peut-être la construction d’une fortification. Des piquets de bois ont révélé ailleurs une date d’abattage entre 308 et 305 avant J.-C., assurant ainsi l’existence d’une première palissade. Elle sera suivie par une deuxième palissade avant la construction du rempart du début du Ier siècle avant J.-C. Celui-ci a droit à une étude attentive tant sa structure est exemplaire, comprenant en outre l’attestation d’une réfection partielle: il fait partie des fortifications à poteaux frontaux, que l’on nomme généralement sous leur vocable allemand de Pfostenschlitzmauer, bien connues en Suisse, en particulier avec les exemples de Berne-Engehalbinsel et du MontVully. Sa restitution sous forme de maquette ou de dessins (fig. 105-108) rend bien compte du système mis au point pour la défense des lieux à l’époque de la Tène finale, imposant avec ses 5m de hauteur estimée. Le rempart devait longer le rivage antique du lac d’un côté, l’ancien cours de la Thièle de l’autre, faisant d’Yverdon un site de plaine fortifié qui, à ce jour, ne trouve aucun rapprochement. L’ouvrage est démantelé au milieu du Ier siècle avant J.-C. En bordure extérieure et intérieure du rempart, des bâtiments ont été mis au jour dont l’un, semi-enterré, a permis la restitution architecturale d’un édifice à poteaux plantés à deux nefs (fig. 117-118), qui a le plus vraisemblablement servi d’atelier autour du milieu du Ier siècle avant J.-C.

C. Brunetti n’a pas délaissé les constructions romaines du secteur de la rue des Philosophes, alors qu’elles n’entraient pas directement dans son propos. Elle nous offre ainsi l’avantage de considérer l’évolution de la zone dans sa globalité: l’oppidum celtique est abandonné laissant place à la tourbe avant des travaux de remblayage importants vers 10-20 après J.-C. dans le secteur oriental. Ce remblai d’installation du vicus avait déjà été repéré sous l’atelier de Faustus, potieryverdonnois. Au sud du secteur, le remblai n’est installé que quelques décennies plus tard et ne suscite pas de développement urbain. Celui-ci se fait visiblement le long de la voie qui longe le rivage antique. Le bourg sera occupé jusqu’au milieu du IIIe siècle, comme l’atteste le cuvelage en bois d’un puits daté de 240 après J.-C. Le site semble abandonné ou en cours d’abandon lorsqu’une volonté sans doute impériale décide d’aménager le castrum eburodunense; il constituera le siège du préfet de la flotte des nautoniers jusqu’au Ve siècle en tout cas, selon la Notice des Dignités.

Un imposant chapitre de l’ouvrage traite du mobilier archéologique, donnant un apport capital à la connaissance des objets de la première moitié du Ier siècle avant J.-C. dans nos régions, à la charnière entre deux phases de la période de La Tène finale, LTD1 et LTD2 pour les spécialistes. L’auteure a mis au point une typologie et une nomenclature éprouvées qui font de son catalogue une référence désormais obligée pour la céramique de cette époque. La précision accordée à l’analyse du matériel de l’oppidum n’est pas oubliée en abordant celle du vicus : l’occupation de l’ensemble du site est auscultée. À l’aide du passage en revue du mobilier des fouilles anciennes, une évolution des répertoires céramiques estmême proposée, s’étendant aux questions de commercialisation, de romanisation et de modes de production (pp. 290-301). Des études spécialisées ont été confiées à différents collaborateurs, de l’analyse pétrographique du rempart à celle des monnaies (la première vers 80 avant J.-C., la dernière vers la fin du IVe siècle après J.-C.), en passant par l’étude du travail du bois (les pieux du rempart sont essentiellement en chêne, deux sont en hêtre), l’analyse statique du rempart, l’étude des restes osseux et de la métallurgie. Une mention particulière doit être faite pour le chapitre que C. Brunetti consacre à la statue celtique en chêne trouvée devant la fortification gauloise d’Yverdon et au dépôt votif du second âge du Fer dont elle faisait partie: le bois sculpté est très vraisemblablement la représentation d’une divinité, peut-être tutélaire, portant un torque autour du cou, offrande des hommes, et tenant un torque en main droite, signe des bienfaits apporté par le dieu.

Pour une meilleure compréhension de la période envisagée à l’ouest du lac de Neuchâtel, il était indispensable de rendre compte du murus gallicus de Sermuz, conservé sur place et visible depuis 1990. Philippe Curdy, l’un des responsables de la fouille, fait ici la publication de ce rempart protohistorique établi à proximité d’Yverdon. Sa construction se caractérise par la présence de deux fronts parementés en pierre sèche et d’une grille de poutres horizontales dans les remblais, selon un système que décrit Jules César (Guerre des Gaules, VII, 23) et qui lui a valu son nom (cf. la restitution de la fig. 312). Forte de l’analyse du matériel du site, C. Brunetti conclut, en un chapitre de réflexions bienvenues, par la terminologie des remparts celtiques et leur rôle en Suisse occidentale, par une synthèse autour de l’occupation d’Yverdon et les raisons de la présence d’une fortification sur le site tout proche de Sermuz. Des troupes d’auxiliaires gaulois ont sans doute séjourné sur les hauts d’un bourg qui ne cesse d’être occupé durant tout le Ier siècle avant notre ère. Par son étude approfondie, C. Brunetti nous offre là une base solide pour toute recherche sur la fin de l’âge du Fer et la romanisation du territoire helvète.

Citation:
Michel Fuchs: compte rendu de: Caroline Brunetti et al., Yverdon-les-Bains et Sermuz à la fin de l'âge du Fer, Lausanne: Cahiers d'archéologie romande 107, 2007, 638 p. Première publications dans: Revue historique vaudoise, tome 117, 2009, p.267-290.

Redaktion
Veröffentlicht am
17.03.2010
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Die Rezension ist hervorgegangen aus der Kooperation mit infoclio.ch (Redaktionelle Betreuung: Eliane Kurmann und Philippe Rogger). http://www.infoclio.ch/
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